Extrait d’une discussion en cours sur Topologie lacanienne :
http://cf.groups.yahoo.com/group/Topologie_lacanienne/
Bonjour,
De la lecture par Jean-Paul Gilson (JPG) du séminaire XV, à tout le moins lecture topologique, logique et même proprement aristotélicienne, et ce n'est pas une boutade, lecture lumineuse, il n'y a pas d'autres mots, mais je n'ose en dire plus faute d'avoir lu le séminaire lui-même, je ne mets en exergue qu'une citation de Jacques Lacan qui en est peut-être comme la quintessence :
JPG :
Il propose cette définition de la logique : « La logique se définit comme ce quelque chose qui, proprement, a pour fin de résorber le problème du sujet-supposé-savoir. » (21/2/1968)
JPE :
Et je réalise par la typographie qu'il ne s'agit pas seulement, comme je le croyais d'un sujet auquel on supposait un savoir, le psychanalyste pour l'analysant, ni même d'un savoir que porterait le sujet pour l'analyste, l'hystérique pour Freud et plus généralement l'analysant et son symptôme pour l'analyste mais que l'expression peut aussi se lire, d'un sujet que le savoir suppose.
JPG :
Par cette longue citation du discours de Lacan, nous voyons qu’il existe effectivement deux types de repérage du manque. En quelque sorte : il y en a un au niveau du Sujet et il y en a un au niveau de l’Inconscient. Au niveau du sujet, nous le vivons dans la pensée, c’est-à-dire comme manque et au niveau de l’être tout naturellement, nous le repérons comme perte, dans l’Inconscient, il est l’objet perdu. Autrement dit, dans la pensée, il est le manque au désir. L’opération, où ces deux champs virent de l’un à l’autre, est une opération de vérité, c’est celle que dans la hâte, le psychanalyste opère au terme de son analyse pour se ruer dans l’acte analytique, en étant cette vérité à défaut de la savoir.
(...)
Une fois de plus, le sujet échappe à toute emprise objectivante car, s’il existe un lien intime entre l’acte psychanalytique, le transfert et le savoir, si le transfert n’est rien d’autre que le sujet-supposé-savoir à qui s’adresse le patient, et l’acte analytique ce qui supporte ce transfert, il n’en reste pas moins que ledit sujet n’est perceptible essentiellement qu’en certains moments de fissure du « je », ces fissures qu’on appelle le refoulé, car le refoulé ce n’est rien d’autre que le signifiant qui échappe à la règle de la représentation du sujet pour un autre signifiant.
(...)
JPG (toujours) :
Lacan prétend que la traduction du mot grec « Ousia » par substance a épaissi la notion de sujet qui comportait déjà chez Aristote la trace de supposition. C’est avec plaisir qu’il a retrouvé dans la logique moderne la trace de ce sujet sous la forme d’une réduction à une fonction et à l’introduction des quanteurs (tel sous le mode où il se manifeste dans la proposition. Lacan appelle cela un caractère tournant qui représente très bien sa définition du signifiant représentant le sujet pour un autre signifiant.
Elucubrations matitudinales
JPE:
Encore une fois c'est Lacan qui a raison, même dans sa lecture d'Aristote : Il y a un évident flottement des traducteurs quant au mot Ousia, tour à tour, substance, essence, substrat même, sans parler des homonymies, je veux dire des sens différents qu'un même signifiant phonématique est susceptible d'avoir, il y a bien équivoque sur le traduction, ou sur le sens, la signification 'primordiale' originaire, la principale.
Elle se lève, l'équivoque, par une 'bonne lecture' d'Aristote, un sujet c'est ce qui se prédique, de même que pour Aristote il n'y a pas de proposition d'un seul mot, c'est à dire pas d'assertion sans articulation, l'Ousa seul(e) n'est qu'une supposition, le substrat d'un sujet, ce sur quoi il pourrait reposer pour apparaître, il n'est d'essence que de l'articulation, dans l'articulation. Se prédiquer de pour Iacobus Zabarella (XVI° siècle, Tables de logiques), le point d'orgue de la logique médiévale),c'est le verbe "être" mais sous une forme inversée. ‘L'homme est un animal’, tournure pour nous classique se dirait pour Aristote "animal est prédiqué de l'homme". Le verbe 'être', curieusement, c'est la copule, terme de la même famille que "copulation" - ce qui relie tout bêtement !, si j'ose dire. Le verbe être peut d'ailleurs ne pas exister ! En hébreux la juxtaposition du nom et de l'attribut équivaut à la 'copule', comme en français basique 'moi Jean-Pierre', par exemple. Seul Dieu 'est' - Je serai celui que Je serai !
La copule latine, c'est le rapport entre deux irréductibles, deux asymétriques, deux signifiants différents dans votre langage, c'est le rapport lui-même. Pour Edgar Poe dans Euréka, la logique c'est ce qui n'a comme sujet, si j'ose dire, que le rapport lui-même! La copule c'est le prédicat des linguistes ou des logiciens, je ne sais plus!
JPG :
Si, au Moyen-Age, cette place du sujet avait été désignée par l’intermédiaire d’un moyen-terme qui réunissait le sujet au prédicat, pour Lacan, c’est l’objet a qu’il propose à cette place dans la fonction du plus-un.
(...)
Il propose cette définition de la logique : « La logique se définit comme ce quelque chose qui, proprement, a pour fin de résorber le problème du sujet-supposé-savoir. » (21/2/1968)
JPE : c'est encore Lacan qui a raison dans sa lecture d'Aristote, il y a tout une discussion assez difficile à suivre dans 'de l'interprétation' ou le second livre de l'Organon sur la phrase qui contredit, ou qui s'oppose, à 'je suis un homme' qui peut s'écrire : je ne suis pas un homme ou je suis un non-homme, si c'est un cheval qui parle, par exemple !, et la discussion se poursuit sur la négation de la négation, d'où un ou même deux emplacements laissés vides, si j'ose dire, et que la logique moderne complétera, sans doute Pierce dans les schémas de JPG.
Par exemple, Aristote, Sur l'Interprétation, Chapitre X, (25) - voisin de ce dont Lacan parlait, et qui a été récemment repris dans "Canal iZar l'Officiel de la discussion psychanalytique ! :
ARISTOTE :
(..) On peut comprendre ce que je veux dire d'après le schéma suivant :
Est juste un homme a pour négation N'est pas juste un homme.
Est non juste un homme a pour négation N'est pas juste un homme.
Dans ces cas est et n'est pas s'ajoutent à juste et à non-juste (30).
Les déclarations sont disposées comme on le dit dans les Analytiques.
Le rapport est le même si l'affirmation du nom est universelle :
Tout homme est juste (a pour négation) Pas tout homme est juste.
Tout homme est non-juste/Ce n'est pas tout homme qui est non
juste.
(35)
sauf que les déclarations diamétralement opposées ne sont pas susceptibles de la même façon d'être vraies ensemble, mais qu'elles en sont parfois susceptibles. On a donc deux couples de déclarations opposées et on en aura deux autres en ajoutant non-être comme une sorte de sujet.
Est juste un non-homme/N'est pas juste un non-homme.
Est non juste un non-homme/N'est pas juste un non-homme.
Confère et comparez, chez JPG :
Aussi, Lacan poursuit-il son investigation de la logique des quantificateurs pour interroger le statut du sujet, à savoir la différence radicale résultant de la sorte de négation qu’elle conserve en tant que cette négation se porte sur le prédicat et met en cause le sujet de l’énonciation.
Aussi, Lacan poursuit-il son investigation de la logique des quantificateurs pour interroger le statut du sujet, à savoir la différence radicale résultant de la sorte de négation qu’elle conserve en tant que cette négation se porte sur le prédicat et met en cause le sujet de l’énonciation.
En comparant la phrase « j’ignore tout de la poésie » qui est une universelle, à la phrase « je ne connais pas tout de la poésie » qui est une particulière, chacun peut mesurer l’étonnante modification qu’une négation fait porter sur la signification d’une phrase. S’appuyer sur le double support de la négation en français (ne... pas) pour dire que dans la particulière, la seconde partie de la négation opère une aimantation contraire à l’universelle, ne suffit pas à justifier une généralisation qui s’inverse exactement en anglais par exemple :
En comparant la phrase « j’ignore tout de la poésie » qui est une universelle, à la phrase « je ne connais pas tout de la poésie » qui est une particulière, chacun peut mesurer l’étonnante modification qu’une négation fait porter sur la signification d’une phrase. S’appuyer sur le double support de la négation en français (ne... pas) pour dire que dans la particulière, la seconde partie de la négation opère une aimantation contraire à l’universelle, ne suffit pas à justifier une généralisation qui s’inverse exactement en anglais par exemple :
JPE :
Il n'y a pas chez Lacan de 'solution de continuité de discontinuité entre logique et topologie, ce sont deux techne (techniques) différentes mais l'une d'entre elle est la continuation de l'autre comme la guerre est la politique continuée par d'autres moyens chez Clausewitz !
JPG :
Tout ceci pour indiquer à quel point dans le « Je pense » qui se révèle de l’Inconscient dans les actes manqués, un « je suis » n’est pas nécessairement la conséquence absolue sauf à l’entendre à la façon dont le linguiste Guillaume désignait la fonction de l’imparfait : sous la forme de « un moment en plus et puis j’y étais presque », donc, autrement dit, « là où je pense, à peu de chose près, j’y étais ».
Merci à Jean-Paul Gilson de m'avoir fourni matière à ce dialogue imaginaire, quadrilogue même, si ça existe?
Encore un effort, Très cher Jean-Paul, j'y suis presque !!!!
MERCI JPG !
JPE
PS : J'ai découpé le texte, il n'est plus dans l'ordre de la ‘lecture’ de Jean-Paul Gilson
Text complété, graphiques et autres dans les fichiers de Topologie_lacanienne
liste de discussion accessible par Google ou :
http://cf.groups.yahoo.com/group/Topologie_lacanienne/
Le fil topologique de l'enseignement de Lacan - Lecture topologique du Séminaire de Jacques Lacan par Jean-Paul Gilson de l'Ecole Lacanienne de Montréal
S'inscrire :
Topologie_lacanienne-subscribe@groupesyahoo.ca